HDA - À Pierre- Rémi Narbonne, une nouvelle méthode de gestion : la participation

Article paru dans le cahier Plus, sous la rubrique VIEILLIR, du journal La Presse, samedi le 1er décembre 1984. 

Article écrit par Claire Dutrisac (1921-1990), après plusieurs visites et rencontres au centre d'accueil.

 

À Pierre- Rémi Narbonne, une nouvelle méthode de gestion : la participation

Le Centre d'accueil Pierre-Rémi Narbonne à Saint-Rémi de Napierville, poursuit, depuis trois ans environ, une expérience unique en matière de gestion.

Disons d'abord que ce centre compte 52 lits : deux de dépannage et 50 autres occupés par 20 hommes et 30 femmes.  Vingt-quatre de ses bénéficiaires sont des cas dits "lourds".

Son directeur général, Monsieur Bernard Fournelle, affirme que ce modèle de gestion "ouvre carrément la voie"  dans le réseau des Affaires sociales.  Jusqu'à tout récemment, on connaissait  surtout deux types de direction : l'autoritarisme (parfois exploiteur) et l'autoritaire paternaliste.  Dans certains endroits, on est passé  à la consultation des employés et des bénéficiaires.

La participation

La participation dont fait état Monsieur Fournelle me paraît aller au-delà de la consultation.  Dans la documentation qu'il m'a remise, on lit : "Lorsque l'on parle de participation décisionnelle, où tous les groupes sont responsables directement de la décision finale".  Un peu plus loin : "Ce type  de gestion confère un très grand degré d'autonomie aux parties constituantes du Centre d'accueil dans certains champs d'action qui sont de leur ressort (...)  Le personnel se voit accorder un pouvoir de décision dans des segments appropriés de champs de juridiction jusque là réservés à la direction générale".

Maître chez soi

Dans mon langage de profane, je serais tentée d'écrire :  dans ce type de gestion participative, les résidents sont chez eux comme  maîtres.  Car eux aussi doivent "participer aux décisions".  C'est peut-être là la plus grande difficulté à surmonter tant les résidents d'un centre d'accueil entrent dans ces établissements comme dans une prison ou un couvent.  Ils y trouvent des règlements pour toutes choses;  les occupations de la journée et de la semaine sont organisées, montre en main, par d'autres.  La hiérarchie qui les coiffe les écrase plus qu'elle ne les protège.  Peu habitués à cette considération, souvent repliés sur eux-mêmes, ils se satisfont trop bien de ce statut d'enfants, gâtés parfois, qu'ils ont trouvé.  En entrant, ils rejettent avec leur manteau le sens de la responsabilité qu'ils avaient auparavant.  Ils n'assurent plus leur vie.

J'ai été étonnée du climat de liberté et de sérénité qui régnait dans le Centre quand je l'ai visité une première fois.  Les employés semblaient accomplir leur travail dans la détente et la fraternité.

Une nouvelle voie prometteuse...

Parmi les objectifs du Centre, dont certains sont les mêmes qu'ailleurs, j'ai retenu  ceux qui m'ont paru les plus originaux : 1) favoriser une implication communautaire par l'élaboration et l'application de programmes conjoints ou individuels avec des organismes et les intervenants de la communauté;  2) favoriser le maintien de l'identité et de l'autonomie des bénéficiaires (tous les centres ont cet objectif) en les rendant responsables de leur vie (voilà la grande nouveauté).  Le troisième objectif est un corollaire : faire en sorte que le vécu du Centre d'accueil soit la responsabilité de tous et chacun.

Des conditions

Pour atteindre ces objectifs des conditions particulières s'imposent; d'abord, la transparence  du Centre d'accueil.  Cette transparence est liée à l'information.  Pour décider, il faut connaître toutes les facettes d'un problème.  Il faut aussi, et c'est comme un ajout naturel de la participation interne, " faire en sorte que le Centre d'accueil soit un élément dynamique de la communauté", donc de toute la région qu'il dessert.

Il faut que le personnel et les résidents s'impliquent dans le processus de prise de décision.  Il importe aussi de développer au maximum la qualité de vie au travail en regard de la qualité  des soins.  Enfin, il faut établir des moyens de communication, des mécanismes de contrôle et d'évaluation continue".

La porte est ouverte...

À Pierre-Rémi Narbonne, la porte est ouverte.  Du haut en bas, du Conseil d'administration aux bénéficiaires en passant par le personnel.  La transparence l'exige.  Les membres du Conseil  vont souvent au centre; ils sont connus des bénéficiaires.  Les familles et les amis sont encouragés à maintenir leurs liens avec les résidents.

Pour que la communauté reste consciente que ce Centre est le sien, elle est invitée à profiter des activités et de services qui sont offerts aux résidents.  Des activités communes avec d'autres organismes de la région (CLSC, autres centres d'accueil) sont  planifiées.

Le centre aide au maintien à domicile des citoyens de la communauté en ayant mis sur pied une clinique externe, fort fréquentée d'ailleurs, et en offrant, comme soutien, un service téléphonique de 24 heures.

"Faut se parler..."

Non, dans ce Centre, ils ne sont pas 6,000,000.  Mais il faut se parler quand même !  Aussi, outre le comité des bénéficiaires, on a formé une table centrale d'animation continue  (une fois toutes les trois semaines), un procédé d'évaluation  semestrielle, un comité des loisirs.

On a aussi créé une Fondation où les bénéficiaires sont bien représentés, dans le but de recueillir des fonds qui contribuent  au bien-être des résidents.  La réponse de la communauté, ainsi sollicitée, est exemplaire ! 

Pour le personnel, même type de réunions et de discussions.

Les cadres

Les cadres jouent un rôle important; ils doivent faire confiance !  Ils doivent soutenir les employés, leur donner la liberté de discuter, utiliser leurs idées pour la solution de problèmes et diffuser l'information qu'ils demandent.

Somme toute, dans cette hiérarchie, on reste très près les uns des autres, on agit, on parle en toute liberté.  Employés et résidents prennent conscience de leur importance dans l'organisation.  Le Conseil d'administration est ouvert à qui veut  assister à ses séances.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette méthode de gestion, sur ce modèle inédit que l,on forge par l'expérimentation.  La participation, conçue dans cet esprit de liberté et de respect mutuel, exercé avec compétence, aurait avantage à être étudiée par la direction des autres centres d'accueil.

Ce pourrait être la fin de la peur chez les résidents, la suppression de conflits de travail reposant sur l'incompréhension entre les parties en cause, un regain de vie et de sérénité pour les résidents.

Dernière mise à jour de cette page le 19/03/2009