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Y a-t-il un économiste dans la salle ? * (4 février 2011) – 8 février 2011
par Patrick Gauthier (Journaliste - Rue Fronteanac)
Inflation, récession, réductions... Voilà quelques-uns des nouveaux dogmes qu’on considère aujourd’hui non pas comme des conséquences, mais comme des causes.
Quand l’homme est sorti de sa caverne et a vu les éclairs, entendu le tonnerre et senti le sol trembler sous ses pieds, il s’est inventé des dieux et une religion pour expliquer ces mystères effrayants. Constatant la naïveté de l’homme, le banquier, lui, a inventé un système qu’il a hissé au niveau de la religion.
Vous le savez, l’économie est partout. Comme on le disait de Dieu il n’y a pas si longtemps. Pas un bulletin de nouvelles qui n’ait sa nouvelle économique.
Et, plus souvent qu’autrement, les journalistes, analystes et autres commentateurs parlent toujours de l’économie comme s’il s’agissait d’une entité dotée de sa propre volonté et non pas d’un système créé par le banquier et géré, encore, toujours et à jamais, par le banquier.
Inflation, récession, réductions... Voilà quelques-uns des nouveaux dogmes qu’on considère aujourd’hui non pas comme des conséquences, mais comme des causes.
Face aux remous économiques, l’homme semble aussi désemparé que son ancêtre l’était face à la nature déchaînée. Mais s’il ne peut rien contre une tempête, l’homme peut et doit combattre ces nouveaux prêtres.
Crois ou meurs
Il pourrait au moins douter. Remettre en question le prêche économiste. Ainsi, quand Guy Crevier, grand patron de Gesca, tentacule médiatique de Power Corporation, évoque des difficultés financières pour justifier l’ultimatum lancé aux syndiqués du quotidien Le Soleil, on devrait à tout le moins questionner ces affirmations. On s’est plutôt contenté de les reprendre partout. Comme si personne n’osait contredire cet apôtre du capital.
Même abandon face à ceux qui se servent de la «crise économique» pour mettre des travailleurs à la rue. Pourtant, la moitié des plus grosses fortunes de la planète se sont enrichies durant cette crise.
Et puis, entre vous et moi, un système qui est basé sur la consommation mais qui cherche à appauvrir les consommateurs, ça devrait nous allumer une petite lumière, non ? Vous l’aurez compris, je ne suis pas un économiste. En fait, à part Initiation à la vie économique, cours suivi au secondaire quatre (on disait ça, nous, dans le temps : secondaire quatre. Pas quatrième secondaire...), je n’ai aucune notion d’économie. Y a-t-il un économiste dans la salle ? Peut-il m’expliquer pourquoi le système ne tend pas à enrichir les gens ?
«Il n’y a pas de classe moyenne»
Ce clivage entre les riches et les pauvres – comme écrit Chuck Klosterman dans “Downtown Owl“: «Il n’y a pas de classe moyenne. Soit que vous êtes riches et que vous souffrez d’insécurité, soit que vous êtes pauvres et mal informés» - n’est pas sans rappeler les beaux jours de l’Église catholique, quand on bâtissait de somptueuses cathédrales et que les prélats pouvaient se rouler dans l’or mais que le peuple mourait de faim. On allait même jusqu’à lui soutirer ses derniers sous en lui vendant des indulgences.
Au 15e siècle, Martin Luther a décidé de dénoncer cette opulence. L’Église en fut ébranlée, ce fut la Réforme.
Heureusement, on entend de plus en plus de voix pour remettre en question la nouvelle religion du capitalisme. Ces dissidents ont toujours existé, mais on les traitait d’hérétiques. Et si c’étaient les hérétiques qui avaient raison ?
Du métier de journaliste
Parlant de douter, on pourrait aussi remettre en question tous ceux qui parlent des «transformations profondes que subit le monde de l’information», sans jamais en donner d’exemple.
Encore la semaine dernière, Marie-France Bazzo l’affirmait d’un ton péremptoire : «Le monde de l’information connaît des transformations profondes». Lesquelles ? Pas un mot à ce sujet.
Notre métier, pourtant, a bien peu évolué. Ses outils ont radicalement changé, c’est vrai. Mais qu’il tape sur une Underwood ou qu’il tweete en direct, le journaliste fait encore sensiblement la même chose : chercher l’information, la valider, la mettre en contexte, l’expliquer et la transmettre.
Invoquer une crise des médias pour justifier des attaques sur les conditions de travail des journalistes est une autre idée reçue qu’il faudrait combattre.
Sources
* http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/55-enjeux/33181-gauthier-opinion-economie
* http://ruefrontenac.com/index.php