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Un grand coup de pied dans la fourmilière * (3 mai 2011) – 5 mai 2011
Deux choses sont certaines, le Canada n’y gagne pas au change, et le Québec vient de montrer toute la mesure de son pouvoir perturbateur au Canada.
par Richard LE HIR **
Ceux qui seraient tentés de désespérer devant les résultats des élections devraient considérer froidement chacun des éléments suivants :
1. Le gouvernement Harper a été réélu avec une solide majorité de sièges aux Communes.
2. Malgré cela, en raison de la fracture que cette élection se trouve à révéler, le Canada va devenir rapidement plus ingouvernable qu’il ne l’était avant la campagne électorale.
3. La représentation du Québec au sein du gouvernement Harper va être encore plus faible, tant numériquement que qualitativement ;
4. Le NPD a raflé la très grande majorité des sièges au Québec, parvenant à en arracher quelques-uns au gouvernement, un nombre plus élevé au PLQ et un très grand nombre au Bloc Québécois.
5. Surreprésentés dans un parti d’opposition national canadien qui n’a aucune expérience du rôle qu’il s’apprête à jouer et qui n’y est absolument pas préparé, les Québécois vont rapidement découvrir que leur influence politique n’a non seulement pas augmenté avec leur appui massif au NPD, mais qu’elle a en fait diminué. Désenchantement rapide garanti.
6. En privilégiant aussi massivement le NPD, les Québécois se sont trouvés à favoriser l’élection d’un gouvernement majoritaire Conservateur dont les valeurs sont aux antipodes des leurs et qui leur fait peur.
7. La chute des appuis au PLC au Québec est en bonne partie attribuable à l’effet de halo de la mauvaise performance de son petit frère du PLQ.
8. Les résultats des élections mettent en relief comme elle ne l’a jamais été toute l’ampleur du fossé qui sépare les Québécois et les Canadiens sur le plan des valeurs et de leur vision respective de l’avenir du Canada.
9. L’ampleur de ce fossé laisse présager une crise prochaine dont il n’est même pas certain qu’elle sera provoquée par le Québec.
10. Les Québécois privilégient majoritairement les valeurs sociales-démocrates qui vont justement à l’encontre du credo du Parti Conservateur Canadien, des Lucides et de la nouvelle droite.
11. Les sondages ont fortement sous-estimé l’ampleur de la vague NPD au Québec et ses effets sur les autres partis et la distribution des sièges.
12. Les médias, en essayant d’orchestrer comme ils l’ont fait la chute du Bloc Québécois, se sont trouvés à jouer aux apprentis sorciers et ont favorisé la montée d’un parti absolument pas préparé à assumer le rôle qui lui échoit. La situation est à ce point caricaturale qu’elle rappelle le fameux dessin animé Fantasia de Walt Disney où sur la musique de l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas, on voit Mickey Mouse défier la recommandation du mage et déclencher un cataclysme qu’il est ensuite incapable de contrôler.
Mickey Mouse, André Pratte, même combat !
Tout ceux qui seraient tentés de voir dans les résultats de cette élection un rejet de l’option indépendantiste seraient bien avisés de retenir leur jugement. En accordant leur appui au NPD, les Québécois viennent de donner un grand coup de pied dans la fourmilière et d’exprimer leur profond besoin de changement, tout en jouant leur dernière carte canadienne en désespoir de cause.
Quand ils découvriront que cette carte ne leur accorde aucune protection contre les politiques conservatrices dont ils redoutent les effets et que le gouvernement conservateur profite de sa majorité pour mettre en oeuvre l’intégralité de son programme, ils comprendront toute la futilité de leur geste.
Dans certains milieux fédéralistes, on semble avoir oublié que le Bloc Québécois est né d’une scission d’un certain nombre de députés québécois avec le parti sous la bannière duquel ils avaient été élus. Sur un enjeu important, la même chose pourrait se reproduire, le NPD en faisant alors les frais.
Or l’horizon actuel est justement rempli d’enjeux de cette nature, et l’accélération des événements sur la scène internationale va très rapidement se faire sentir jusque dans les chaumières. Le Canada n’échappera pas aux tensions qui en résulteront, et un Canada déchiré en deux comme le laissent apparaître les résultats d’hier aura d’autant plus de difficultés à s’en réchapper sain et sauf. Toutes les conditions seront alors réunies pour le divorce.
En situation de crise, les Québécois découvriront rapidement qu’ils ne peuvent ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur la protection que peut seul leur offrir un État fort dont ils contrôlent tous les leviers.
Il devient donc urgent pour les forces indépendantistes de se préparer à cette issue qui ne se présentera pas dans dix ans, mais dans quelques années tout au plus. Or cette préparation va exiger de notre part un degré de cohésion que nous sommes rarement parvenus à atteindre. Le défi pour nous va consister à démontrer que nous en sommes capables. Le temps des luttes fratricides est révolu. Nécessité doit faire loi.
Avec la disparition du Bloc Québécois, le PQ va se retrouver seul à assumer la responsabilité de défendre les intérêts du Québec, et jamais ces intérêts n’auront-ils été définis en termes aussi clairs. L’obligation de résultat qui en découle va restreindre considérablement sa marge de manoeuvre s’il ne veut pas courir le risque d’être emporté lui aussi par une vague.
L’heure n’est plus à la tergiversation, même par posture stratégique. Et Pauline Marois va découvrir qu’elle ne dispose que de très peu de temps pour faire l’unité de toutes les forces indépendantistes autour d’elle. Tout retard à le faire constituerait une indication très claire qu’elle ne souhaite pas engager le Québec sur la voie de l’indépendance.
Maintenant qu’elle a le PQ bien en mains, elle doit commencer par rebâtir les ponts sur sa gauche. Le soutien que les Québécois viennent de donner au NPD et les besoins de la conjoncture lui donnent tout l’espace pour le faire. Le courant Québec Solidaire doit être ramené au sein du PQ.
Le PQ ne peut plus se permettre de perdre des voix à gauche dans l’espoir bien illusoire d’en gagner à droite. Les résultats d’hier soir délimitent assez clairement l’espace qu’occupe la droite au Québec, et il est beaucoup plus restreint que certains bruits ne le laissaient entendre.
Au fil des années, les députés du Bloc Québécois ont acquis une expertise réelle dans les champs de compétence occupés par le gouvernement fédéral. Le mouvement indépendantiste va devoir s’assurer que cette expertise ne se perde pas et qu’au contraire elle soit mise à contribution dans les préparatifs de l’indépendance.
Les jours et les semaines qui viennent permettront de cerner encore mieux l’ampleur du séisme politique qui vient de se produire. Deux choses sont certaines, le Canada n’y gagne pas au change, et le Québec vient de montrer toute la mesure de son pouvoir perturbateur au Canada.
Sources
* http://www.vigile.net/Un-grand-coup-de-pied-dans-la
** http://www.vigile.net/_Le-Hir-Richard,2138_
** http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/le-hir-richard-4063/biographie.html