HDA - information et commentaires
Stephen Harper, control freak * (31 mars 2011) – 3 avril 2011-03-31
par Marco Fortier**
Les conservateurs ont lancé leur campagne électorale en s’inspirant de leurs cinq années au pouvoir : en contrôlant de façon maniaque l’information livrée aux médias.
L’entourage de Stephen Harper réserve des espaces aux photographes de presse, leur dit où se placer et dans quel angle capter le premier ministre. Le nombre de questions des journalistes est limité. Et le chef conservateur prend bien garde d’éviter les bains de foule où il pourrait se faire apostropher.
Dans sa grande générosité, le parti pense à tout et fournit gracieusement des photos et vidéos du premier ministre dans le feu de l’action. Ça fait parfois mal aux oreilles, comme lorsque M. Harper a joué du piano avec la jeune Maria Aragon, star de YouTube, mardi à Winnipeg.
Remarquez, tous les chefs de tous les partis s’assurent d’éviter les pelures de banane en campagne électorale. C’est normal. Mais chez Stephen Harper, le contrôle de l’information devient une obsession. À un moment donné, le manque de transparence devient quasiment une entorse à la démocratie. Vous lirez le dossier de mon collègue David Patry à ce sujet dans nos pages.
Les élections ne se jouent toutefois pas sur des thèmes abstraits comme le « contrôle de l’information » et le « manque de transparence ». Les partis d’opposition ont vite constaté qu’ils ne marqueront pas de points dans les sondages en attaquant le gouvernement là-dessus.
Cette élection est plus que jamais un concours de popularité entre les chefs et un affrontement entre deux visions opposées de gouvernement. Malgré des pépins inévitables – comme la démission de bénévoles associés à des controverses passées – les conservateurs suivent leur plan de match. Ils n’ont pas vraiment été mis sur la défensive depuis le début de la campagne.
Le défi de Stephen Harper est de ne pas paraître trop fort, de ne pas trop monter dans les sondages, pour éviter d’effrayer les Canadiens. Un gouvernement conservateur majoritaire fait peur à bien des lecteurs. C’est pour ça qu’on n’entend plus le premier ministre réclamer un mandat fort et stable, comme il l’a fait au premier week-end de la campagne.
PLC : les vieux réflexes
Les libéraux de Michael Ignatieff, eux, tentent de se définir comme le seul parti susceptible de former un gouvernement autre que conservateur. Ils prennent clairement un virage à gauche pour se démarquer des conservateurs et rallier les supporteurs du NPD.
En prenant connaissance des premiers engagements électoraux du PLC, je me suis quand même demandé si on était revenu au temps de Jean Chrétien : la promesse de verser 1000 $ par année à tous les étudiants de cégep et d’université rappelle curieusement les défuntes Bourses du millénaire.
C’est une bonne idée de créer des programmes sociaux pour se démarquer des conservateurs. Mais on dirait que les libéraux sont restés figés dans le temps, prisonniers de leurs vieux réflexes. Ils proposent encore une fois un programme « national », coast to coast, sans toutefois empiéter dans la cour des provinces. Et promettre un chèque de 1000 $ par étudiant en pleine campagne électorale, ça fait un peu... vieille politique, disons.
NPD : alerte au désistement
La campagne de Jack Layton, elle, a subi un dur coup avec le désistement d’un de ses candidats ontariens qui est passé au Parti libéral. Ryan Dolby, candidat du NPD dans Elgin-Middlesex-London, a fait faux bond au NPD dans l’espoir de bloquer les conservateurs. Sa décision est stratégique : éviter de diviser le vote anti-Harper entre le PLC et le NPD.
C’est le pire cauchemar de Jack Layton et le plus grand espoir des libéraux. Si jamais les sondages indiquaient une possibilité de gouvernement conservateur majoritaire à la fin de la campagne, il existe un réel danger que les partisans néo-démocrates passent au Parti libéral.
Le Bloc sur une erre d’aller
Un mot en terminant sur la campagne du Bloc québécois. À 63 ans, Gilles Duceppe est dans une forme redoutable. Son discours de mardi soir au théâtre Olympia était habile et rempli de punches. Le Bloc paraît sur une erre d’aller difficile à freiner.
« Il reste à garder les militants motivés pour faire sortir le vote », m’a dit un député bloquiste. Si la victoire paraît trop certaine, les gens vont rester chez eux. Et comme l’a dit Gilles Duceppe, chaque vote peut faire la différence entre un gouvernement Harper majoritaire et minoritaire. C’est ça, l’enjeu de l’élection.
Sources
* http://ruefrontenac.com/elections2011/128-opinion/35649-harper-controle-information
* http://ruefrontenac.com/index.php
** http://ruefrontenac.com/component/contact/16-journalistes/38-fortierm