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Les mots qui tuent * (10 janvier 2011) – 12 janvier 2011
par Valérie Dufour
Il est beau d’entendre les tenants de la droite américaine se défendre depuis la terrible tuerie de samedi en Arizona. Tous réfutent la moindre responsabilité dans cette fusillade qui a fait 6 morts et blessé 14 personnes dont la représentante démocrate Gabrielle Giffords, atteinte d’une balle dans la tête.
Il est vrai que ce ne sont pas eux qui ont tiré sur des innocents, mais la haine que de plus en plus de républicains – dont la populaire populiste Sarah Palin – disséminent depuis l’élection de Barack Obama n’est pas sans conséquence.
C’est cette même haine qui a nourri les idées délurées de Timothy McVeigh en 1995 quand il a fait exploser un édifice fédéral à Oklahoma City. On a beau dire que le tueur de Tucson est un illuminé paranoïaque, il reste qu’il n’a pas tiré au hasard. Jared Lee Loughner est peut-être fou, mais il a choisi d’attaquer une démocrate lors d’un rassemblement politique.
Pour avoir séjourné assez souvent dans la Bible Belt américaine, je peux dire que les idées anti-gouvernementales et les discours politiques violents sont fréquents dans cette vaste région du sud des États-Unis. Là-bas, les animateurs des talk-radio s’en donnent à cœur joie contre les démocrates et leurs politiques sociales. Il se dit des choses fort discutables sur les ondes qui vont de l’attaque personnelle sur la vie privée à la pure propagande.
Palin et cie
Et les adeptes du Tea Party sont venus se greffer à cette mouvance. Avec Sarah Palin en tête, ces libertariens ont profité du désarroi provoqué par la crise économique pour lancer une campagne contre le spectre de l’État. La réforme de la santé ? «Du communisme». L’immigration ? «Il faut durcir les lois pour protéger nos frontières».
Au printemps 2010, Sarah Palin avait annoncé ses grandes priorités pour l’année à venir. Ses ambitions politiques se résumaient à 20 cibles (d’armes à feu) sur une carte des États-Unis. Quelles étaient ces cibles ? 20 représentants démocrates qui avaient appuyé la réforme sur la santé et qui visaient une réélection en novembre. Mme Giffords faisait partie de cette liste.
«Ce n’est que la première salve dans le combat pour élire des gens à travers le pays qui vont ramener le gros bon sens à Washington, S’il vous plaît, visitez sarahpac.com et joignez-vous au combat», pouvait-on lire sur la page Facebook de celle qui a des visées sur la Maison Blanche.
Mme Palin et son entourage ont, depuis samedi, eu un soubresaut de jugement en retirant cette carte géographique de sa page Facebook. Il est cependant toujours possible de visualiser le document sur divers sites Internet d’information dont celui du Huffington Post (note 1).
Aux armes citoyens
Mais cet exemple démontre la violence des propos de la droite pure et dure américaine. Même chose pour l’alliée de Mme Palin, la représentante républicaine du Minnesota, Michele Bachmann. Au printemps 2009, la subtile politicienne avait invité ses concitoyens à s’armer et à se battre pour démontrer leur désaccord envers le plan de M. Obama visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
«Je veux que les citoyens du Minnesota soient armés et dangereux, car nous devons nous battre contre l’imposition d’une taxe sur l’énergie. Thomas Jefferson a dit que c’est une bonne chose d’avoir une révolution de temps en temps. Le peuple – nous, le peuple – devons nous battre avec ardeur si nous ne voulons pas perdre notre pays».
Sur son site Internet, Mme Bachmann a émis samedi un touchant communiqué (note 2) au sujet de l’attentat contre Gabrielle Giffords.
La politicienne dénonce l’auteur de la fusillade en le traitant de lâche et souhaite qu’il soit puni vertement par la loi. Mais tous ces politiciens de la droite pure et dure sont responsables du climat politique violent qui existe présentement aux États-Unis. Il est beaucoup plus facile de se concentrer sur le fait que cette tuerie est l’œuvre d’un fêlé qui n’aurait jamais dû avoir une arme à la main, que de faire son mea culpa. Mais braquer les projecteurs sur le fait qu’il aurait fallu interdire le droit d’acheter une arme à ce jeune homme de Tucson en raison de son état mental est facile et complètement inutile.
Ce n’est pas demain la veille qu’une majorité d’Américains vont accepter de voir l’État mettre sur pied un semblant de contrôle sur les armes à feu, même pour les gens atteints de maladie mentale. Le droit d’avoir une arme et de s’en servir pour protéger sa famille est profondément ancré dans la culture de nos voisins et aucune statistique ou donnée scientifique ne va réussir à les convaincre du contraire.
Les politiciens de tous les partis et de tous les extrêmes devraient plutôt se servir de cette tragédie pour retenir que les mots qu’ils prononcent ont un immense pouvoir. Dans une démocratie, il faut laisser les idées s’exprimer librement. On peut aimer ou non le discours de ses adversaires, mais il faut utiliser la rhétorique et non la violence pour faire valoir son point de vue. Sinon, c’est le Far West.
Note 1 : http://www.huffingtonpost.com/2010/03/24/sarah-palins-pac-puts-gun_n_511433.html
Note 2 : http://bachmann.house.gov/News/DocumentSingle.aspx?DocumentID=219374
Sources
* http://ruefrontenac.com/valeriedufour/32266-tucson-giffords-tuerie
* http://ruefrontenac.com/index.php