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Les “chiens de guerre“ * (31 mars 2011) – 3 avril 2011
par Vilistia **
Le philosophe Paul Nizan (1905-1940) les appelait les «chiens de garde» du capitalisme : éditorialistes et «grands journalistes» de la presse commerciale, et autres intellectuels ralliés au système.
Il les voyait comme les supplétifs des forces de répression de l’État bourgeois : «Les porteurs de fusils et les arrangeurs de pensées poussent à la même roue et portent de l’eau au même moulin», écrivait-il. Il ajoutait aussi : «Aucune pensée n’est vide de poisons pourvu qu’elle soit dite et redite».
Aujourd’hui encore, chaque guerre de l’Occident – Irak, Serbie, Afghanistan, Libye, etc. – nous donnent l’occasion de vérifier l’emprise des médias sur les opinions publiques, ce que Noam Chomsky appelle la «fabrication du consentement».
La conception, la manipulation et la diffusion des «nouvelles» et des images sont devenues un enjeu majeur des guerres modernes. C’est pourquoi il importe que les exploits télévisuels des escadrilles et des armées terrestres des croisades occidentales soient précédés et accompagnés de la caution de journalistes et intellectuels ayant bien interiorisé leur mission.
Les «chiens de garde» doivent savoir aussi se comporter en «chiens de guerre».
Les évènements de Libye illustrent jusqu’à la caricature cet empressement des médias à imposer à l’opinion l’idée de l’inéluctabilité d’un conflit. (note 1)
Dès le vote de la résolution de l’ONU, Le Point, L’Express, le Nouvel Obs reprennent l’image du «compte à rebours».
Le lendemain, les titres des quotidiens se font plus pressants: «L’armée française prête à l’assaut contre Kadhafi» (La Tribune) ; «Libye : malgré le cessez-le-feu proclamé par le pouvoir, les Occidentaux sont prêts au combat» (20 minutes); «Tout est prêt pour une action militaire» (L’Est Républicain).
Depuis leurs studios, certains journalistes ne font pas dans la dentelle. Ainsi Olivier Ravanello (I>Télé): «On veut se débarrasser de Kadhafi, on va peut-être même arriver, par chance, à ce qu’une bombe lui tombe sur la tête». Il est vrai que l’aviation américaine avait déjà tué la fille adoptive de Kadhafi en 1986. Pourquoi pas le père maintenant ?
METTRE AU PAS LES TIMORES
Le Monde, 19 mars: «Il faut associer le monde arabe aux opérations militaires. Il en a les moyens: il dispose de centaines de chasseurs. Il a l’occasion de faire l’Histoire, pas de la contempler». Pauvres Arabes qui ne sont jamais entrés dans l’Histoire !
Jean-Michel Aphatie (France Inter): «L’Allemagne est dirigée par quelqu’un qui n’est pas à la hauteur de la situation, de cette situation».
Le Monde, 20 mars: «Le non-engagement allemand dans l’affaire libyenne est révélateur d’une hésitation qui peut être perçue par les partenaires de la République fédérale comme un manque de solidarité, voire de maturité». Heureusement, en France, nous avons Sarkozy et la quasi-totalité des partis politiques qui ne manquent pas de maturité !
COCORICO !
Daniel Schneidermann (Libération), 18 mars: «Soyons honnêtes. Qui […] peut jurer qu’il reste indifférent, en voyant les rebelles de Benghazi, ce peuple qui a risqué sa vie en se soulevant contre le dictateur fou, brandir le drapeau français cette nuit ? Qui peut rester indifférent à leur gratitude envers le rôle joué par la France dans l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, qui va autoriser la «communauté internationale» à bombarder les colonnes de Kadhafi ? […] Et pour une fois, le cocorico français est sans doute partiellement justifié ».
Allez les Bleus ! Allez les Bleus ! : Comme pour une Coupe du Monde…
Exaltation de la guerre, chauvinisme, « le traitement médiatique des prémisses de l’expédition militaire contre la Libye nous rappelle cruellement que l’information est, souvent, parmi les premières victimes de la guerre. Et ce n’est, malheureusement, qu’un début ». (Julien Salingue, Acrimed)
Source : Cet article a utilisé un excellent travail de Julien Salingue publié par le site ACRIMED (Action-Critique-Médias) : http://www.acrimed.org/
Note 1 : Nos journalistes-vedettes ajoutent à leur servilité une bêtise crasse. À ceux qui en doutent, je livre ce dialogue intervenu le 18 mars sur le plateau du «Grand journal» de Canal Plus :
Alain Duhamel : « […] Un cessez-le-feu, c’est parce qu’ils veulent voir venir, sûrement ».
Jean-Michel Aphatie (France Inter) : « Ils ont les jetons ».
Yves Thréard (Le Figaro) : « Kadhafi est un peureux ».
Alain Duhamel : « Faut pas non plus les caricaturer… ».
Jean-Michel Aphatie : « Moi je pense qu’ils ont un peu la trouille ».
Quelle subtilité d’analyse !
Sources
* http://www.centpapiers.com/les-«-chiens-de-guerre-»/65648
* http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2011/03/23/les-chiens-de-guerre.html
* http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/
** http://www.centpapiers.com/author/vilistia