HDA - Le Québec et les Québécois sont en train de se faire manger tout rond (2 mars 2011) - 5 mars 2011

BRADERIE ET CORRUPTION

Le Québec et les Québécois sont en train de se faire manger tout rond ! * (2 mars 2011) – 5 mars 2011

Où est l’Opposition ?

par Richard Le Hir **

Vous ne trouvez pas ça étrange, vous, la multiplication depuis une dizaine de jours des annonces et des interventions dans les dossiers publics ? L’entrevue de Lucien Bouchard, le discours du trône et cette annonce fumeuse de l’immersion anglaise en sixième année, l’annonce du CHUM, le retrait des procédures dans le dossier Bellemare-Charest, et maintenant l’irruption soudaine de Gérard Bouchard dans le dossier de l’interculturalisme. En langage militaire, on appelle ça une contre-offensive tous azimuts. Il s’agit de confondre l’adversaire et de le détourner de son objectif principal.

En politique, on appelle ça « tourner la page », « passer à autre chose »… Tout pour sortir du bourbier de la corruption dans lequel Charest et son gouvernement sont enferrés depuis maintenant plus d’un an. Et ils n’ont pas lésiné sur les grands moyens. Les répercussions de la grève des procureurs et l’entrée en activité de la nouvelle brigade anti-corruption dans un an seulement donnent au moins un an de répit aux malfrats pour nettoyer leurs écuries.

Si c’est une stratégie qui peut réussir lorsque le degré de méfiance dans la population envers un gouvernement n’est pas encore durablement enraciné, c’est surtout la dernière carte qui reste à Jean Charest pour s’extirper du bourbier, et il faut s’attendre à le voir la jouer avec l’énergie du désespoir. Or on connaît l’ardeur au combat du personnage, et il ne faut d’aucune façon lui laisser la moindre possibilité de s’esquiver.

Poussé dans ses derniers retranchements comme il l’est, il n’a pas de choix de prendre des risques. Certains peuvent se révéler néfastes.

Tout a déjà été dit sur l’arrivée « inopinée » de Lucien Bouchard dans le dossier des gaz de schistes et le peu de crédibilité qui lui reste après qu’on ait découvert qu’il roule (officiellement, mais…) pour Talisman. À cet égard la caricature du Devoir de lundi dernier résumait toute la situation. L’irruption de l’autre frère Bouchard sur la scène est presque risible tant elle sent la manœuvre.

Et le dossier du CHUM qui trouve soudain son aboutissement après avoir traîné pendant des années est éminemment suspect. Un seul soumissionnaire en bout de course pour un PPP juteux attribué à un consortium étranger. À croire qu’aucune entreprise québécoise n’avait les compétences ou n’était mieux placée qu’une entreprise étrangère pour sinon diriger, au moins participer à un tel projet.

Curieusement, toutes les entreprises du consortium victorieux sont européennes. Deux britanniques, Innisfree et Laing O’Rourke, spécialisées dans le financement et la gestion des PPP, une espagnole spécialisée elle aussi dans le même domaine, et une entreprise française, Dalkia Canada, filiale de Veolia Environnement, associée à EDF. Autrement dit le tandem EDF Veolia est le miroir ou le pendant du tandem GDF Suez-Suez Environnement. Tiens, tiens…

En partant, on aimerait connaître la part de Dalkia Canada dans le consortium. Ensuite, Et autant GDF-Suez que EDF-Veolia s’intéressent à la gestion d’infrastructures. GDF-Suez a déjà un pied dans la place au Québec dans ce domaine depuis qu’elle a acquis une participation de 50 % dans une filiale de la SITQ (elle-même filiale de notre Caisse de dépôts), Axima. (note 1)

Alors, la question qui tue : EDF Veolia est-elle dans l’opération pour son propre compte, ou joue-t-elle le rôle de prête-nom ou de cheval de Troie pour GDF Suez (l’État français est présent dans le capital des deux, et Power Corp, est présent dans le capital de GDF-Suez via Pargesa). Autrement dit, sommes-nous en face d’une autre manifestation de l’axe Sarkozy-Charest-Desmarais ?

Il existe une autre hypothèse, celle que l’attribution du PPP du CHUM à un consortium européen soit un prix de consolation pour la perte par une entreprise européenne (espagnole, comme par hasard) du contrat de construction des wagons du métro de Montréal. Ne sommes-nous pas engagés dans des négociations pour la conclusion d’un accord de libre-échange avec l’Europe ?

En fait, lorsqu’on analyse toute cette affaire de plus près, l’hypothèse la moins vraisemblable, c’est celle à laquelle Jean Charest essaie de nous faire croire.

Alors, nous revoilà en plein cœur du dossier de la corruption et de la braderie de nos ressources. Non seulement Jean Charest a-t-il cédé les droits d’exploration pour les gaz de schistes à un prix 10 000 à 100 000 fois inférieur à leur valeur réelle, mais voilà qu’avec le CHUM il est en train d’hypothéquer notre avenir pour le bénéfice de ses petits copains. Ce n’est plus de la dépossession tranquille, c’est un braquage de haut vol ! (Le jeu de mot n’est pas intentionnel)

Je trouve l’Opposition bien silencieuse sur ce sujet. De l’eau dans le gaz ?

Sources

* http://www.vigile.net/Le-Quebec-et-les-Quebecois-sont-en

* http://www.vigile.net/

** http://www.vigile.net/_Le-Hir-Richard,2138_

** http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/le-hir-richard-4063/biographie.html

Note 1 : http://cofelyservices-gdfsuez.net/pdf/actualite/Communique_AXIMA-GDF-SUEZ_FR.pdf