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L’IMPOSTURE DU NPD
Layton, innocent ou chauffard de la politique ? * (5 mai 2011) – 8 mai 2011
Un imposant cortège de victimes
par Richard LE HIR **
Mettons de côté si vous le voulez bien la défaite du Bloc Québécois, et examinons un peu la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui.
Le NPD a fait élire 58 députés au Québec. Cinquante-huit sur un total possible de 75. Aucun parti n’a réalisé une telle performance depuis les belles années de Pierre-E. Trudeau. Et je ne crois pas qu’il soit méchant de souligner que le NPD au Québec n’a ni les racines, ni l’histoire, ni l’appareil, ni l’expérience, ni les réalisations, ni le leadership que pouvait avoir le PLC au temps de Trudeau.
Le fait est que l’élection d’un nombre aussi important de députés du NPD au Québec cette année s’explique difficilement autrement que par l’existence chez les Québécois d’un énorme sentiment de frustration et de ras-le-bol dont nous connaissons les causes politiques, et dont le NPD s’est trouvé bien malgré lui, sinon à son corps défendant, à être le bénéficiaire. Car au moment du déclenchement des élections, pas un seul analyste politique au Canada n’avait la moindre idée de ce qui allait se passer.
Ceci m’amène donc à vous suggérer d’entrée de jeu qu’il pourrait être assez dangereux de se contenter d’une seule lecture politique des événements que nous venons de vivre, et qu’il serait sans doute plus avisé de rechercher des explications à la montée de lait des Québécois du côté de la psychologie des foules, ou du moins de tempérer fortement nos conclusions sur la nouvelle situation politique avec des considérations d’ordre psychologique.
Cela dit, c’est tout de même dans la sphère politique que ce séisme a eu lieu, et c’est là qu’il aura des conséquences, aussi involontaires soient-elles.
Commençons par nos nouveaux élus. Sur les 58 qu’ils sont, il y en a au moins 55 qui n’avaient aucune idée qu’ils risquaient d’être élus. Je n’avance pas ce chiffre au hasard. Le NPD n’est jamais parvenu à faire élire plus d’un élu au Québec, et rien dans les événements qui se sont produits ces dernières années ou même ces derniers mois ne pouvait laisser suggérer que de fortes braises socialistes couvaient sous la cendre.
Bien au contraire, un vent de droite semblait souffler sur le Québec, le vent des Lucides, des Legault, Sirois et Facal, de l’Institut économique de Montréal, du Réseau Liberté, délibérément amplifié par des médias à la solde des empires Power et Québécor, à la recherche de nouvelles sources de pouvoir et de profit. C’est d’ailleurs sans doute eux qui sont les plus dépités par la tournure des événements car elle dérange fortement tous leurs plans.
Donc, pas plus de 3 des 58 élus lundi soir qui s’étaient un seul instant imaginés être élus. Et sur les 3 en question, 2 d’entre eux étaient d’un optimisme délirant. Mettons-nous maintenant dans la peau des 55 personnes élues qui ne s’attendaient pas à l’être. Il y a parmi eux, on l’a appris, des étudiants, des unilingues anglophones, des mères célibataires, des pères de jeunes familles, des gens sans formation, sans préparation, bref du monde ordinaire (ceci dit sans aucune connotation péjorative) dont la vie va être totalement chamboulée alors qu’ils ne s’y attendaient pas du tout.
Même les personnes les mieux préparées à la vie politique, et c’était mon cas lorsque j’ai été élu en 1994, ne se doutent pas de ce qui les attend, des déplacements incessants, de tout le temps qu’il faut passer avec des inconnus avec lesquels on n’a souvent aucune affinité, des enjeux et des données qu’il faut assimiler, du temps qu’il faut consacrer aux autres au détriment des siens et de soi-même, de ces caucus qui s’éternisent, des conciliabules à n’en plus finir, des crises qui se succèdent, aussi bien artificielles que réelles, des nuits passées dans les couloirs du Parlement ou de l’Assemblée à attendre on ne sait plus trop quoi au juste, bref de toutes les servitudes de la vie politique que seuls peuvent accepter ceux qui ont vraiment ça dans le sang.
Il y a aussi cette déconnection avec le monde réel qui survient plus ou moins rapidement selon les fonctions que vous occupez et la durée de votre mandat. Et le besoin de vivre à deux endroits à moins d’être déjà un résident de la capitale, la complexité de l’organisation, l’impression de ne plus être chez soi nulle part... Et dites-vous bien que c’est encore pire que ce que je viens de décrire.
Quand c’est une occasion que vous recherchez, que ça correspond à votre plan de carrière, c’est déjà difficile. Imaginez maintenant ce que ça peut être lors que ça vous tombe dessus « comme un cheval sur la soupe », comme je l’ai justement entendu dire en politique. Or voilà que ce malheur s’abat sur 55 innocents dont la vie ne sera plus jamais la même par la suite, dont la vie risque d’être détruite car, ne nous y trompons pas, la politique est destructrice, un « sport extrême » comme se plaisait à le dire Jacques Parizeau.
Plongez maintenant ces 55 innocents qui n’en demandaient pas tant dans le milieu dans lequel ils vont vivre, et demandez-vous ce qui risque de se passer. Je peux vous le dire tout de suite sans risque de me tromper. Cela va devenir une énorme source de tensions pour toutes les parties concernées : les nouveaux élus, leurs proches, le NPD, Jack Layton, Thomas Mulcair, déjà désigné à l’encadrement, les commettants des élus, le Québec, et même le Canada tout entier.
Vous croyez que j’exagère ? Hélas, je voudrais bien que ce soit le cas. Mais la politique est un univers fragile qui a le frémissement facile, et l’arrivée inopinée d’une bande de néophytes, aussi sympathiques et aussi bien intentionnés soient-ils, peut avoir de très graves conséquences. La politique canadienne est un champ miné. Une déclaration maladroite peut précipiter le pays en crise, un parti en crise. Il en va de même pour une interprétation erronée, et même les silences peuvent être coupables ! Vous comprenez donc que nous sommes entrés dans une zone dangereuse où tous les dérapages deviennent possibles, dérapages qui vont nécessairement occasionner des dommages.
Dès lors qu’on évoque la perspective de dommages, se pose la question de la responsabilité, et, en l’espèce, elle est particulièrement accablante pour le NPD. D’abord envers les personnes qu’il a choisies pour se porter candidats dans des comtés où il n’avait aucune organisation. Aucune association de comté digne de ce nom, aucun processus de mise en nomination, rien !
Ces personnes sont donc à juste titre qualifiées de « poteaux » dans la grande majorité des cas. Elles n’ont pas été choisies au terme d’un processus démocratique digne de ce nom, mais plutôt selon un processus aléatoire du genre « un trou, une cheville ». Leur légitimité s’en trouve durement affectée, et ils n’en sont même pas conscients car ils sont trop inexpérimentés. Leur vie va se trouver bouleversée parce qu’ils se sont laissés « enfirouâper » par des chauffards de la politique qui se sont bien gardés de jouer cartes sur table avec eux.
Pour ce qui est censé être un « Nouveau parti DÉMOCRATIQUE », vous avouerez avec moi que ça la fout plutôt mal en partant. Même les vieux partis qui n’en sont pourtant pas à une coche mal taillée près, ne poussent pas la stratégie des « poteaux » à cet extrême. À peine quelques uns dans des comtés qu’ils savent perdus d’avance, mais où ils doivent maintenir leur image de parti national. Mais à l’échelle pratiquée par le NPD, il ne s’agit plus d’une stratégie, il s’agit d’une imposture !
Et cette imposture va loin. Elle joue auprès des électeurs des comtés qui n’y ont vu que du feu et se sont laissés berner par l’apparence de la normalité. Elle joue auprès de la population du Québec toute entière qui en devient captive et va voir ses intérêts se décider sur une base qui est sinon totalement fausse du moins très déficiente en partant. Elle joue sur le processus politique canadien qui va fonctionner selon des prémisses possiblement fausses. Elle joue sur la population du reste du Canada qui va se faire une opinion du Québec et des Québécois qui sera nécessairement erronée, et Dieu seul sait qu’on n’avait pas besoin d’en rajouter à ce chapitre !
La responsabilité du NPD est donc énorme, et, à chaque jour qui va passer, elle deviendra de plus en plus apparente et accablante. Les premiers surpris seront sans doute les néo-démocrates eux-mêmes. Ils plaideront la main sur le coeur qu’ils n’ont jamais eu d’intention malveillante, et je serai le premier à les croire. Ils vous diront qu’ils n’ont fait que se prévaloir des dispositions de la loi sur le financement des partis politiques qui les a poussés à adopter cette stratégie, et qu’ils n’ont jamais vu que cela déboucherait sur un tel fiasco, et là encore il faudra les croire.
Mais en même temps qu’il faudra les croire, il faudra savoir qu’on est en face d’une bande d’apprentis sorciers de la politique qui n’ont aucune formation sérieuse, ni en sciences politiques, ni en droit, ni surtout en éthique. Et pour ma part, je ne serai pas rassuré. Je serai même plutôt inquiet de savoir que notre démocratie est si fragile qu’elle peut-être détournée par une bande d’innocents, aussi bien intentionnés soient-ils.
Et le bon Jack dans tout ça ? Et bien le bon Jack n’a pas fini de nous cafouiller des protestations de bonne foi et de sincérité. Lui aussi, il faudra le croire. Mais on n’en pensera pas moins. Voilà comment le succès d’un jour tourne au cauchemar.
Mais la recherche des responsabilités ne s’arrête pas là. Les néo-démocrates ont eu de l’aide, une aide qu’ils n’avaient sans doute pas sollicitée, mais qu’ils tout de même bien contents d’avoir obtenue, et c’est l’aide des médias et des « spin doctors » fédéralistes qui ont vu dans la poussée du NPD une occasion de se défaire à bon compte du Bloc Québécois.
Leur stratégie a réussi. Trop bien même, car ce qu’ils ont gagné d’une main, ils l’ont perdu de l’autre. Les voilà pris avec la perception que les Québécois sont de gauche, eux qui tentaient désespérément de les convaincre du contraire pour mieux les déposséder de leurs ressources Des apprentis sorciers vous disais-je déjà dans mon analyse du 3 mai. (note 1)
Note 1 : http://www.vigile.net/Un-grand-coup-de-pied-dans-la
Sources
* http://www.vigile.net/Layton-innocent-ou-chauffard-de-la
** http://www.vigile.net/_Le-Hir-Richard,2138_
** http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/le-hir-richard-4063/biographie.html