HDA - L'indépendance à reculons (6 septembre 2010) - 27 janvier 2011

L’indépendance à reculons * (6 septembre 2010) – 27 janvier 2011

Belle leçon sur l’importance de maîtriser son destin.

par Richard Le Hir **

Ce que l’exemple Wallon nous montre, c’est qu’il vaut mieux s’en aller avant de se faire montrer la porte.

Les Québécois seraient bien avisés de suivre attentivement ce qui se passe en Belgique ces jours-ci. Ce pays est en effet plus proche que jamais de l’implosion. À couteaux tirés depuis toujours, Flamands et Wallons sont au bord du divorce et le « pire » semble désormais inéluctable, comme nous l’annonce déjà depuis un certain temps José Fontaine, le correspondant de Vigile dans ce pays, et le confirme désormais Le Monde.

A priori, on serait tenté de croire que cette issue convient aux deux parties, et que les Wallons francophones seraient heureux d’échapper à l’oppression grandissante des Flamands néerlandophones. L’affaire est hélas beaucoup plus compliquée que cela, notamment parce que l’engagement des Wallons envers la Belgique est plus grand que celui des Flamands, pour toutes sortes de raisons qui trouvent leur fondement dans l’histoire.

Il fut un temps où c’étaient les Wallons qui tenaient le haut du pavé en Belgique. C’était l’époque où la Belgique avait encore de grands intérêts miniers dans sa colonie du Congo et une industrie lourde très forte pour un aussi petit pays. Le grand mouvement de décolonisation qui secoua l’Afrique dans les années 1960 fut particulièrement dur pour les intérêts belgo-wallons, et les problèmes structurels de l’industrie, notamment au chapitre de la compétitivité, leur portèrent un coup dont la Wallonie n’est jamais parvenue à se relever.

De leur côté, les Flamands sont parvenus à reconvertir leur base économique avec succès et la Flandre est désormais la locomotive économique de la Belgique. Leur reste maintenant à traduire ce pouvoir économique en pouvoir politique, et c’est ce à quoi ils s’appliquent systématiquement en resserrant l’étau chaque jour davantage sur la Wallonie.

Jusqu’ici, la Wallonie s’est appuyée sur le fédéralisme pour tenter de résister à la montée en puissance de la Flandre. Mais les Flamands, majoritaires, coupent dans les programmes de transfert et contestent de plus en plus l’existence même de la Belgique, dont l’existence les oblige à un certain partage de leur richesse collective.

Rajoutez à cela les rancoeurs linguistiques et vous avez, réunis, tous les ingrédients d’un coquetel explosif.

Pour nous Québécois, cette situation a quelque chose de profondément déconcertant. A priori, langue oblige, nous serions tentés de prendre partie pour les Wallons francophones.

J’eus l’occasion de me rendre compte que les choses n’étaient pas si simples lors d’une mission d’affaires en Belgique dans les années 1980. En visite dans une grande entreprise de Louvain (donc en pays flamand), j’étais reçu par le propriétaire avec qui je parlais fort naturellement en français, lui-même le parlant très bien.

Ayant exprimé le désir de visiter l’usine, je fus confié à la charge du directeur de celle-ci. Même si je connaissais l’existence des tensions linguistiques en Belgique et que je me trouvais en Flandre, je m’adressai en français à mon guide qui me toisa aussitôt d’un regard très froid et me répondit sèchement en anglais.

Je compris tout de suite que j’avais commis un impair et je poursuivis dans cette langue en lui précisant que je n’étais pas Belge (il paraît que j’ai le type), mais Québécois. La froideur de mon guide laissa aussitôt place à la chaleur, et il entreprit de lui-même de poursuivre la conversation en français qu’il maîtrisait parfaitement, avec cet accent traînant, si facile et amusant à caricaturer, « savez-vous ».

Attablés devant une bière à l’issue de la visite (je visitais Stella Artois), mon guide me pressait de questions sur le Québec dont il se disait un grand admirateur, m’entretenant avec conviction des mérites de la Loi 101 ! À l’écouter, le Québec était un modèle pour la Flandre. Je vis ce jour-là s’écrouler quelques pans de mes belles certitudes sur le fonctionnement du monde…

La Belgique s’achemine maintenant vers son éclatement. Ce sera le premier pas vers la désintégration de l’Europe. Car il ne faut pas s’y tromper. Le même réflexe qui amène la Flandre à couper les vivres à la Wallonie amènera bientôt l’Allemagne à les couper à la Grèce, à l’Espagne, à la Hongrie, et à toutes les autres économies chancelantes d’Europe.

Quant aux Wallons, ils se retrouveront sans Belgique, et faute de s’être défini une identité forte en tant que Wallons (mais c’était peut-être impossible), ils seront condamnés à se rallier à la France qui n’en demandait pas tant.

Belle leçon sur l’importance de maîtriser son destin.

Le Québec n’est pas dans le cas de la Wallonie, accotée à la France. Le Québec est très isolé par sa langue et sa culture dans un océan anglophone. L’identité est là, même si elle est de plus en plus menacée, trop souvent hélas par nous-mêmes. de plus, le Québec est riche et dispose des ressources pour être capable de voler de ses propres ailes. Il pourrait même s’en sortir mieux tout seul.

Comme le montre le cas de la Belgique, les arrangements politiques ne sont pas éternels. Si la Belgique peut disparaître, après l’URSS, la RDA, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et bien d’autres, le Canada peut disparaître lui aussi.

Ce que l’exemple Wallon nous montre, c’est qu’il vaut mieux s’en aller avant de se faire montrer la porte, ou de se faire avaler tout rond.

Sources

* http://www.vigile.net/L-independance-a-reculons

* http://www.vigile.net/

** http://www.vigile.net/_Le-Hir-Richard,2138_

** http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/le-hir-richard-4063/biographie.html