HDA - information et commentaires
Un peu de fierté ! * (18 mars 2010) - 20 mars 2010
par Sylvain Laquerre **
J'en ai plein le dos des artistes francophones qui chantent en anglais en disant vouloir faire de l'art.
Quand je vois tous ces artistes francophones sortir des disques en anglais pour le marché francophone, je me dis qu'on se tire dans le pied.
Quand une chanteuse décide d'enlever l'accent sur son nom (Céline devenue Celine), j'ai honte. Et je me dis que les Québécois sont des tapis sur lequel il est écrit Welcome.
Quand je lis qu'un petit chanteur français chante en anglais et que la première fois qu'il a entendu Brel ou Gainsbourg, il a trouvé ça carrément laid, je me dis que cet ignorant montre surtout la petitesse de sa culture et son manque flagrant de jugement.
Quand je vois de supposés artistes déclarer, comme Pascale Picard, qu'ils ont choisi le matériau anglais comme un sculpteur choisi le bois plutôt que le marbre, j'aurais envie de lui suggérer la pierre à savon. C'est encore plus mou et malléable que le bois. On peut facilement en gosser un petit bout et déclarer qu'on vient qu'on vient de faire une sculpture.
Quand j'entends Guy A. Lepage déclarer qu'il aimerait bien inviter ses amis de Simple Plan à venir chanter (en anglais) à la Saint-Jean-Baptiste, je me dis que le Québec n'a pas besoin de personne d'autre pour couler dans la marmite anglophone. On est prêt à sauter dans la marmite, à fournir la corde et la vaseline. On fait dur.
Quand j'apprends que Zachary Richard sort un disque en anglais, mais seulement au Québec, j'ai envie de crier.
Quand je vois un francophone déclarer que c'est plus facile d'écrire en anglais, j'aurais envie de lui dire de se taire s'il n'a rien d'intelligent à dire. Quand un chanteur choisit l'anglais, il choisit la facilité. Vous pouvez peut-être me faire taper du pied en chantant Dou, dou, dou, I love you, mais de grâce, ne venez pas dire que vous faites de l'art. Vous faites du commerce. Ce qui n'est pas interdit.
La langue française est une langue difficile et compliquée et il ne suffit pas d'aligner quelques rimes pour faire une belle chanson. Ça prend du talent et de l'intelligence. Et il faut travailler.
Prenons, Sylvain Cossette. Un chanteur avec une bonne voix mais, pendant plusieurs années, des chansons insignifiantes (quelqu'un se souvient-il d'une seule de ses chansons en français ?). Du jour au lendemain, il sort un disque de reprises anglaises et c'est un succès sans précédent pour lui. Au point d'en sortir un deuxième. Dites-moi, est-ce que ses disques se vendent beaucoup ailleurs qu'au Québec ? J'en serais surpris. Mais ici au Québec, on en redemande. Sommes-nous masochistes ?
Et qu'on ne vienne pas me parler de tolérance. C'est toujours à moi qu'on demande d'être tolérant. Je ne veux plus tolérer qu'on oublie qui nous sommes au nom de l'universalité. J'en ai plein le dos de ces artistes francophones qui chantent en anglais en disant vouloir faire de l'art alors qu'ils veulent faire de l'argent.
Des chansons signifiantes en français, il en pleut. Certains textes de Plume et de Richard Desjardins sont de véritables chefs-d'œuvre. Et Offenbach a prouvé, il y a déjà longtemps, qu'on pouvait faire du rock en français. Et on pourrait en nommer beaucoup d'autres qui ont fait, ou font encore, des bonnes chansons en français au Québec. Mais ce n'est pas facile et ça ne tombe pas du ciel. J'essaie moi-même d'écrire une chanson dans le cadre du concours Cyberpresse (Devenez le parolier de Vincent Vallières) et je peux vous dire qu'après deux semaines, mon texte est loin d'être signifiant. Il reste beaucoup de travail à y consacrer avant que ça ressemble à une chanson. Mais si ça devient une chanson, vous pouvez être assuré que ça ne dira pas : Dou, dou, dou, I love you.
Je n'écris pas cette lettre pour ne faire des amis. J'ai juste envie de botter le cul à mes compatriotes. Un peu de fierté, que diable ! Bande de pleutres, réveillez vous ! Ou peut-être faudrait-il vous dire : Wake up !
* Transcription d'une chronique parue dans le quotidien La Presse du jeudi
18 mars 20010 à la page A 20. Il nous a été impossible de retrouver un lien Internet
sur le site de La Presse ou de Cyberpresse nous amenant à la source de cette chronique.
** L'auteur habite Montréal (Québec)
Lien de Cyberpresse/La Presse : http://www.cyberpresse.ca/actualites/regional/montreal/