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Trop c'est trop ! * (1er juin 2010) - 6 juin 2010
par Jean-Emmanuel Ducoin
Les mots ne suffiront pas : le gouvernement israélien doit être sanctionné par la communauté internationale !
«On ne tire pas sur une mouche avec un bazooka. Cette fois, trop, c'est trop !» Dans les pires tragédies, quand seuls le fer et le sang mêlés irriguent l'essentiel de nos pensées, quand la violence des actes anéantit jusqu'aux symboles les plus élémentaires, il faut toujours écouter les hauts diplomates français qui, même sous le sceau de l'anonymat, donnent une idée assez précise de la température des chancelleries. Depuis l'acte inouï de piraterie d'État, pensé, organisé et commandité par le gouvernement israélien, cette température s'approchait de l'ébullition, hier. Une chose est sûre : les indignations et les condamnations sont montées d'un cran.
Signes d'un changement de climat dans l'intensité des réactions, l'Union européenne, par la voix de Catherine Ashton, a officiellement «condamné l'assaut meurtrier», tout en réclamant solennellement «l'ouverture du territoire palestinien». Même Nicolas Sarkozy, qui, la veille, avait osé parler d'un «usage disproportionné de la force» alors que sa fonction aurait dû l'inciter à condamner sans détours l'usage de la force elle-même, a fini par déclarer que le monde était « choqué » et qu'il réclamait une «enquête crédible et impartiale». Seulement voilà, cette fois encore les mots ne suffiront pas ! Face à ce crime d'État contre la «flottille de la liberté» composée de citoyens du monde solidaires et pacifistes, munis de barres de fers et de couteau de cuisine, il faut maintenant des actes pour en finir avec ce sentiment d'impunité qui domine et détermine depuis trop longtemps la politique israélienne. Les peuples ne se contenteront plus d'une simple condamnation sans effets, comme vient de le faire le Conseil de sécurité de l'ONU - c'était bien le moins. Le gouvernement israélien doit être lourdement sanctionné. Le blocus de Gaza doit cesser immédiatement !
Autre signe ? L'Égypte a enfin décidé, hier, de rouvrir son point de passage vers la bande de Gaza. Posons donc une question : le gouvernement israélien est-il allé trop loin ? Les diplomates (toujours eux) répètent à qui les écoutent encore qu'«on ne fait la paix qu'avec ses ennemis», manière si peu élégante d'affirmer que les brasiers les plus incandescents laissent parfois s'envoler quelques étincelles d'espoir. Penser au-delà des contagions haineuses est sinon un devoir, un impératif. Ainsi, en Israël même, les observateurs sont d'ailleurs nombreux à dénoncer la tragédie. « Renseignement approximatif », «exécution inepte», «échec sur toute la ligne» : les critiques les plus incisives visent les inconséquences du gouvernement lui-même, qui, après avoir «diabolisé pendant des semaines les militants de la flottille», a tenté de «justifier le lourd bilan humain». Accusera-t-on ces Israéliens-là de céder à des pulsions émotionnelles ?
Il y a un peu plus d'un an, l'offensive guerrière sur Gaza nous avait montré jusqu'à l'inhumanité à quel point le gouvernement israélien avait franchi une frontière inexpugnable vers l'horreur. Certains commentateurs, depuis deux jours, justifient l'effroyable blocus de Gaza qui a suivi par un seul argument : «Affaiblir le Hamas !» Rappelons que le Hamas n'existe que par la volonté et l'intransigeance d'Israël, qui a poussé à l'émergence de cette force au détriment de l'OLP et du Fatah ! La communauté internationale doit prendre conscience que les nombreux crimes des dirigeants israéliens sont autant de cadeaux offerts aux fondamentalistes, quels qu'ils soient, pour que, au final, les bases physiques, économiques et humaines d'un État palestinien viable s'éloignent chaque jour un peu plus. C'était le vrai « ut de guerre» du gouvernement israélien il y a un an. Netanyahou n'aspire à rien d'autre aujourd'hui : sa responsabilité historique est immense.
* Sources
http://www.humanite.fr/Trop-c-est-trop
http://www.humanite.fr/