HDA - Poisson ascendant poisson (18 mai 2009) - 27 février 2010

Poisson ascendant poisson* (18 mai 2009) - 27 février 2010
par David Riendeau

Cette chronique effleurera la question du port du niqab avec la légèreté du saint-suaire.

Personnellement, j'espérais que le sujet soit mort, enterré et condamné au purgatoire de l'oubli, mais non, il est ressuscité! Jouez bois, résonnez musettes. La Fédération des femmes du Québec s'est prononcé contre l'interdiction du niqab dans les services publics sous prétexte que son interdiction brimerait davantage les femmes musulmanes souhaitant accéder à la fonction publique.

La recommandation n'avait pas force de loi, mais elle a eu l'effet des trompettes de Jéricho sur la société québécoise dont le passé religieux est encore sous le paillasson. En moins de temps qu'il ne le fallait pour dire «Ciel!», nombreux sont montés en chaire pour condamner ce blasphème à la laïcité.

Le débat sur le «voile islamique» et les autres signes religieux dans les lieux publics semblait reposé en paix ad vitam eternam depuis l'édifiante Commission Bouchard Taylor. À l'époque, plusieurs individus s'étaient livrés à de vibrantes professions de foi pour défendre leurs valeurs québécoises. D'autres s'étaient adonnés à de véritables séances de lapidation verbale à l'endroit des religions «envahissantes» des nouveaux arrivants. Comme si nos propres croyances occidentales ne possédaient pas leur côté rampant et sournois.

Au bout du compte, beaucoup s'en prennent contre les symboles religieux, mais peu manifestent leurs préoccupations face à la racine du problème: la religion elle-même. Lorsque certaines musulmanes affirment - assez bravement, il faut le dire - que le port du niqab est le résultat d'un choix libre et éclairé, je m'étouffe avec mes retailles d'hosties.

Qu'une personne croit à Yavhé, à Dieu, à Krisnah, à Odin, à Satan, aux farfadets, au buisson ardent, au pouvoir des cristaux, à la numérologie ou à l'astrologie, la religion n'a rien d'éclairant. Au contraire, les croyances se substituent au raisonnement de l'individu. Beaucoup plus sécurisante que la science qui n'est jamais absolue, la religion gave l'individu d'une vérité bien lisse où le doute est érigé en blasphème. La religion n'a rien en commun avec la liberté ou l'indépendance d'esprit. Elle en a une trouille infernale.

À la moindre critique, les défenseurs de la foi se réfugient derrière leur credo habituel: «Respectez nos croyances». Pourtant, de par ses mécanismes, la religion de l'un cherche à imposer sa vision du monde à celle de l'autre. Rien de très respectueux.

Le philosophe allemand Nietzsche écrivait dans L'Antéchrist, son essai critique sur le christianisme que «ni la morale ni la religion n'ont un quelconque point commun avec la réalité».

Que penser des religions qui promettent des mers et des cieux à leurs fidèles tout en entretenant une sainte horreur de la réalité? Que penser des religions qui ont presque systématiquement ostracisées les femmes, les homosexuels et les marginaux au cours des derniers millénaires? Que penser d'un pape qui annonce durant son voyage en Afrique que seule l'Église constitue le rempart efficace contre le sida alors que le fléau emporte des millions de personnes dans ce continent ?

Et une myriade de fidèles de tous les cultes tiennent à nous rappeler qu'ils n'hésitent pas à faire respecter leurs croyances. Ces jours-ci, ils se battent comme des diables dans l'eau bénite pour remettre les valeurs religieuses dans la vie publique, quitte à l'imposer par le biais des tribunaux en évoquant la liberté de religion protégée dans la Charte canadienne des droits et des libertés.

La Liberté de religion. En poétique, on appelle ça une antithèse, une figure de style. En politique, cela devient un droit. Notez bien, c'est au nom de ce «droit» que des groupes religieux tout azimuts réclament de l'État des politiques à l'image des valeurs familiales - lire ici religieuses - et exercent une influence croissante sur des députés afin qu'ils se prononcent en faveur de projets dignes du temps où les gouvernements et les clergés marchaient main dans la main.

Pas convaincu? Un article d'Agnès Gruda dans La Presse datant du 15 mai rapportait qu'en moins de 7 ans, 9 projets de loi présentés au Parlement fédéral par des députés libéraux ou conservateurs pro-vies risquaient de créer une brèche au droit acquis des femmes à l'avortement. Le plus récent, le projet C-484, proposait de donner un statut juridique au foetus. Il s'est rendu jusqu'en deuxième lecture aux Communes.

Tout comme l'étaient les marchands aux abords du temple de Jérusalem du temps de Jésus, les croyants d'aujourd'hui n'ont jamais été bien loin des portes du Parlement.

Sources
http://revuedesameriques.com/
http://revuedesameriques.com/2009/05/18/poisson-ascendant-poisson/