HDA - information et commentaires
Le mouvement altermondialiste, ou altermondialisme, est un mouvement social composé d'acteurs très divers qui proposent pour l'essentiel un ensemble de valeurs sociales et soucieuses de l'environnement comme moteur de la mondialisation et du développement humain, en opposition à ce qu'ils analysent comme les logiques économiques de la mondialisation néolibérale.
Assez hétérogène, le mouvement se rassemble autour du slogan "Un autre monde est possible" ou plus récemment, "D'autres mondes sont possibles", mais oscille entre un réformisme et un imaginaire de la rupture.
Néanmoins, on distingue des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant :
▪ une contestation de l'organisation interne, du statut et des politiques des institutions mondiales telles que l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le G8 et la Banque mondiale ;
▪ des revendications de démocratie selon les différentes orientations politiques;
▪ la justice économique;
▪ l'autonomie des peuples;
▪ la protection de l'environnement;
▪ les droits humains fondamentaux;
▪ une recherche d'alternatives, globales et systémiques, à l'ordre international de la finance et du commerce.
Ces thèmes se retrouvent d'une part dans un certain nombre d'ouvrages, de films ou encore de médias, d'autre part dans des textes de diverses organisations du mouvement altermondialiste : plate-forme proposée par ATTAC, manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre, des textes de l'Organisation des Nations unies de déclarations de droit et d'autonomie dont les altermondialistes « réformateurs » veulent l'application concrète.
Historique et structure
Le mouvement a pris racine petit à petit tout au long du XXe siècle. Il commence à prendre de l'ampleur au début des années 1980 dans les pays du sud avec la lutte contre la dette du tiers monde, l'OMC et les plans d'ajustement structurels du FMI ; mais il reste alors inaperçu en Occident. Il apparaît en Europe, aux États-Unis et en Corée à partir de 1994, dans le cadre d'une critique du chômage, de politiques entraînant la précarisation du travail et la remise en cause de la protection sociale.
Les manifestations de Seattle en 1999 sont les premières manifestations médiatisées altermondialistes. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos, et par le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d'un manifestant par balle lors d'affrontements avec la police italienne) contre le sommet du G8. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Mumbai en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s'est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel 450 000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et pour un autre monde. En tant que lieux d'échanges et évènements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s'est développé durant les dernières années plusieurs forums sociaux mondiaux, continentaux et locaux.
La ville d'Atlanta a accueilli le premier Forum social des États-Unis du 27 juin au 1er juillet 2007, à l'initiative du Forum social.
Composition
Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d'horizons très divers: paysannerie, couches populaires et petite bourgeoisie du Sud, pauvres et salariés précaires des pays industrialisés, syndicats ouvriers et enseignants, associations de consommateurs, de chercheurs, de jeunes, mouvements écologistes, anti-militaristes, féministes, communistes, marxistes, nationalistes, keynésiens et anarchistes... Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois "le mouvement des mouvements".
Convergence d'une multiplicité de mouvements et d'associations, la mouvance altermondialiste n'a pas d'organisation en elle-même. Elle constitue un réseau au fonctionnement horizontal, refusant les hiérarchies verticales. Les altermondialistes cherchent à développer des réseaux internationaux, notamment à travers des forums mondiaux, tel le Forum social mondial de Porto Alegre, afin d'y développer des synergies internationales entre les différents mouvements.
Orientations
Le terme anti-mondialisation a été le premier utilisé par les journalistes pour désigner le mouvement contestataire. En 1999, le terme "altermondialisme" ou "altermondialisation", d'origine belge, fut introduit dans la francophonie pour mettre en avant le caractère favorable d'une partie du mouvement à une forme de mondialisation qui serait différente de la mondialisation actuelle. Le terme lui-même est la reprise du slogan "Un autre monde est possible".
La pluralité des orientations politiques au sein du mouvement est difficile à synthétiser. Il est possible de décrire un certain nombre d'orientations spécifiques au sein du mouvement:
▪ Les communistes et marxistes. Les communistes se sont liés au mouvement altermondialistes sur des bases anticapitalistes et s'opposent traditionnellement à la mondialisation économique capitaliste, qui serait celle de la classe bourgeoise, et prônent la mondialisation de l'action des peuples (ou du prolétariat) selon un modèle social et solidaire.
▪ Les anarchistes, opposés au capitalisme et à l'autorité, sont présents dans les grandes manifestations altermondialistes.
▪ Les antilibéraux qui critiquant le modèle du libre-échange veulent réformer en profondeur les principes de la logique économique, sur la base de critères sociaux et moraux. Certains proposent de taxer les flux de capitaux spéculatifs.
▪ Les souverainistes ou nationalistes qui, ayant pour but déclaré de protéger la nation du néo-libéralisme des marchés et de l'insécurité sociale qui en découlerait (chômage, « dumping social », délocalisations), prônent des mesures protectionnistes d'intérêt national ou régional en matière d'économie. Cette dernière catégorie est clairement antimondialiste. Ces souverainistes ou nationalistes ne sont pas à confondre avec les nationalistes d'extrême droite qui ne prennent en aucun cas part au mouvement altermondialiste.
▪ Les localistes qui privilégient ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, entendant favoriser ainsi la démocratie participative, la cohésion sociale et la production de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de marchandises.
▪ Les écologistes qui veulent préserver l'environnement et protéger les paysanneries du Sud(face à ce qu'ils estiment être les dangers de la logique agro-industrielle et la mondialisation des échanges).
▪ Les objecteurs de croissance qui s'opposent au modèle social basé sur le développement de la consommation.
La plupart des tendances s'accordent sur un compromis : que certains secteurs du marché soient régulés selon des impératifs sociaux et environnementaux, par exemple le principe de souveraineté alimentaire.
Positions présentées comme altermondialistes
Si la diversité du mouvement s'avère efficace en tant que front de contestation, son manque d'homogénéité empêche le mouvement de produire un programme politique clair et de canaliser ses partisans dans une voie unique. Cependant, une orientation commune se dégage sur des thèmes généraux comme la lutte pour le développement et les droits fondamentaux comprenant la souveraineté alimentaire et la paix voire la démocratie. Avec un discours souvent idéaliste, l'altermondialisme se veut un moteur de lutte sociale. Il a désigné comme son principal adversaire idéologique le néo-libéralisme.
L'idée de base des altermondialistes consiste à considérer que le processus de mondialisation économique, s'il n'est pas encadré politiquement, conduit à une augmentation des inégalités dans le monde: d'une part entre la population mondiale la plus riche et la plus pauvre, d'autre part entre les pays du Nord, principalement l'Amérique du Nord et l'Europe, et une majorité des pays du Sud dont l'Afrique subsaharienne.
Certains altermondialistes sont par ailleurs préoccupés par l'insécurité écologique qui est engendrée par la pollution industrielle, l'effet de serre, les OGM ou encore les armes chimiques et nucléaires.
D'autres accusent les grandes compagnies transcontinentales et les organes financiers et commerciaux internationaux de favoriser, directement ou indirectement, des intérêts privés plutôt que l'intérêt général par la recherche de profits au détriment des facteurs sociaux et écologiques.
La pensée altermondialiste veut, d'une part, faire prendre conscience de ce qu'elle considère comme les méfaits d'une forme de mondialisation trop centrée sur l'économie, et, d'autre part, proposer des réformes ou du moins des alternatives selon la formule "un autre monde est possible".
Critique du marché mondial
Les altermondialistes considèrent que la mondialisation par le marché n'est pas un synonyme de progrès humain, celle-ci ne profitant, selon eux, pas équitablement à tous.
Les altermondialistes dénoncent particulièrement l'inégalité croissante entre la proportion des plus riches et des plus pauvres de la planète, qui a augmenté depuis 1960, qu'ils attribuent à la mondialisation plutôt qu'aux causes internes à ces pays. Selon le rapport 2001 du PNUD, 1% des plus riches mondiaux disposent d'un revenu cumulé égal à celui des 57% les plus pauvres. De plus, pour 45 des 77 pays disposant d'une statistique sur l'inégalité de revenu, celle-ci a cru à l'intérieur des pays entre 1960 et 1990, renforçant les inégalités intra-nationales.
Ils pointent également que entre 1990 et 2000, malgré l'accroissement des forces productives, illustré par le doublement du PNB mondial, le nombre des victimes de la faim n'a pas évolué significativement (+/- 9 millions de morts chaque année, soit près de 25000 par jour selon les chiffres du PAM).
Est également critiquée la libéralisation des flux financiers et monétaires mondiaux qui a, selon eux, un effet déstabilisateur sur les économies locales et des conséquences humaines néfastes. Ils attribuent par exemple la crise économique argentine et la crise économique asiatique du sud-est à la fin des années 1990 à cette libéralisation. De plus, les paradis fiscaux sont une des cibles des altermondialistes. Pareillement, la spéculation est régulièrement critiquée par le mouvement altermondialiste alors qu'à l'inverse elle est considérée par la majorité des économistes comme nécessaire à l'activité économique et à la constitution d'un marché efficient.
Critique de l'OMC
Tout d'abord, le mandat de l'OMC de réduire les obstacles au libre-échange est critiqué comme étant défavorable à certains pays du sud, particulièrement concernant l'agriculture. Néanmoins, la Politique agricole commune, qui subventionne les exportations agricoles des pays riches et qui est dénoncée par les pays du sud comme concurrence déloyale, fait débat au sein du mouvement altermondialiste.
Les altermondialistes, rejoint en cela par des auteurs et experts de tout bord, appellent à plus de démocratie, plus de transparence et un nouveau rapport de forces plus favorables aux pays en développement et aux politiques locales.
En outre, la gouvernance de l'OMC, basée principalement sur les ministres du Commerce des pays adhérents, est critiquée pour son manque de préoccupation dans les domaines sociaux et environnementaux qui sont pourtant influencés par ses décisions.
Les accords concernant la propriété intellectuelle sont également dénoncés lorsqu'ils sont relatifs aux biens vitaux : aliments, médicaments, eau ou aux organismes vivants. Sont en particulier visés les OGM et le prix élevé de certains médicaments comme ceux contre le SIDA. Certains groupes ont par exemple développé le concept alternatif de brevet positif pour y remédier. Les altermondialistes sont généralemen favorables aux logiciels libres.
Critique du FMI
Pour les altermondialistes, les politiques menées par le FMI ont contribué de façon dramatique à des échecs économiques, sociaux et politiques dans un grand nombre de situations : notamment la crise économique asiatique de 1997, les transitions des économies russes et est-européennes à l'économie de marché, les réformes sud-américaines et la gestion des pays africains.
Ces critiques des interventions du FMI sont en fait très répandues et développées par des économistes de tous bords, dont des défenseurs de la mondialisation. Sont mis en avant l'absence d'adaptations des politiques du FMI aux situations particulières, l'absence de recul quant au dogme du marché autorégulé, ou encore le dévouement de l'institution aux intérêt de certains acteurs du marché financier.
La critique du FMI n'est donc pas du tout propre au mouvement altermondialiste. Ainsi, paradoxalement, si les altermondialistes voient dans le FMI une instance du néo-libéralisme, nombre de libéraux peuvent contester l'existence même du FMI, dont l'objet est la régulation étatique du marché, donc en contradiction avec le dogme de l'autorégulation.
Enfin, les altermondialistes critiquent le mode de fonctionnement du FMI, dans lequel les voix sont pondérées par la participation financière, et préconise un mode de décision démocratique.
Propositions
Les propositions concernant les droits de l'homme et de l'environnement sont également présentes chez beaucoup d'entre eux. En particulier, la question de la durée est posée par une grande partie du mouvement : à quoi sert de se développer en exploitant de plus en plus intensivement des ressources qui ne se renouvellent pas et dont l'épuisement est prévisible si ce n'est à aller plus vite dans le mur ? Le concept de développement durable est souvent employé, questionné et mis en débat en le comparant avec le concept de décroissance soutenable.
Les altermondialistes aspirent également à plus de démocratie mais les propositions concrètes sont très éparses, allant de la réforme des organisations internationales à l'instauration d'un parlement mondial par une mondialisation démocratique, une sorte de Nations Unies élues au suffrage universel, selon certains.
Les altermondialistes soutiennent souvent des idées réformatrices dans le domaine économique comme celles d'un allègement ou de l'annulation de la dette des pays pauvres, d'une taxation sur les transactions financières.
Des informations supplémentaires et complémentaires se retrouvent à l'adresse Internet suivante :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Médias_de_l%27altermondialisme
Source : Synthèse réalisée à partir de www.wikipedia.org