HDA - 15 ministres plus tard... et c'est toujours le bordel - 26 janvier et 2 février 2008

15 ministres plus tard... et c'est toujours le bordel                             

Le système de santé et des services sociaux du Québec est malade.  Nous pourrions même affirmer qu'il se retrouve aux soins intensifs et si nous n'y portons pas une attention rigoureuse, certains prédateurs du secteur privé pourraient bien l'achever encore plus. 

À qui la faute, question simple, de multiples réponses.  Pour les uns, ce sont les structures administratives actuelles surdéveloppées qui sont incapables de répondre aux attentes et aux besoins de la population.  Pourtant, depuis  quinze ans il y a eu une disparition  massive de structures administratives, ce qui a eu pour effet d'éloigner le citoyen des centres de décision. Nous sommes loin de la formule "du citoyen décideur" du ministre Côté au début des années 1990. Pour d'autres, ce sont les pouvoirs démesurés de certaines corporations professionnelles et des appareils syndicaux qui empêchent les remises en question.  Au fil des années, certains brillants esprits ont pointé du doigt les services d'entretien ménager, de buanderie ou d'alimentation qui coûtaient trop cher et proposant que le privé ferait une meilleure "job" à moins cher.  D'une façon continue, les bien-pensants affirment que "les p'tits vieux" embourbent le système, mais en même temps on ferme des places en milieu d'hébergement. 

Mais se pourrait-il que notre système politique tisse la toile de fond du problème.  Nos candidats-politiciens, à cause du jeu des promesses électorales, ne voient pas bien-bien plus loin que le présent; ils manquent de vision pour apprécier le passé et d'imagination pour voir l'avenir.  Ils nous promettent des lendemains qui chantent, mais comme le chantait Félix Leclerc "le lendemain des élections, ils ne savent plus notre nom".  Et le citoyen-payeur continue ses attentes interminables, sa recherche d'un médecin de famille, tout en attendant son traitement ou son intervention... dans six mois si la chance lui sourit. "Les p'tits vieux" en devenir voient les places disparaître en milieu d'hébergement et la liste d'attente qui s'allonge pour le programme de maintien à domicile... pour finalement aller embourber l'urgence de son hôpital.

Face à ce portrait pas trop "jojo", il est assuré qu'un prochain candidat-politicien nous promettra une commission d'enquête qui devrait se dérouler en 2009-2010.  Les commissions d'enquête sont une mode toute québécoise.  Par un heureux hasard, mettons-nous à rêver.  Existe-t-il  un prochain candidat-politicien qui nous dira "j'ai compris, je vais relire tous les rapports des commissions d'enquête, je retiens toutes les bonnes idées et je les mets en application en 2009-2010".  Pour lui simplifier la vie, je lui suggère tout bonnement de commencer sa lecture par le rapport de la Commission Boucher qui date de 1963.  Les recommandations contenues de ce rapport sont encore d'actualité, et si nos 15 ministres, depuis 1970, avaient lus ce rapport, beaucoup d'argent, beaucoup d'énergie et un précieux temps auraient été économisés. Le rapport  énonce soixante et onze recommandations.  À titre d'exemple, j'en cite quelques-unes.  1) Élaborer une politique économique et sociale d'ensemble orientée vers la solution des problèmes.  2) Que cette politique économique et sociale soit coordonnée et cohérente. 3) Permettre à l'individu et sa famille la satisfaction de ses besoins essentiels. 4) Planifier le placement des personnes âgées et autres adultes en établissement. 5) Établir une régionalisation ainsi qu'une délégation efficace des pouvoirs. 6) Établir la responsabilité des municipalités. 7) Développer des services préventifs et curatifs à domicile.

Le rapport propose les structures qui devraient régir l'organisation de ce modèle.  Il dénonce  l'incapacité de l'État à s'adapter aux circonstances nouvelles provoquées par les  changements économiques, politiques et sociaux.  Il parle de centralisation et de concentration des décisions à Québec au détriment du niveau local.  Il parle d'addition successive de services sans égard aux besoins réels de la population. Il situe le rôle de l'État entre une souplesse fondée sur l'imprécision et une rigidité capable de neutraliser les initiatives les mieux motivées.  

Dans ce sens, le tout demeure d'actualité: on y oppose décentralisation et centralisation au niveau des pouvoirs ainsi que délégation et concentration  au niveau des décisions. Et 45 ans plus tard, le réseau de la santé et des services sociaux du Québec attend la formule magique qui  le sauvera de ce perpétuel bordel. (B.F. - La Voix de l'Est - Article publié en 2 temps : 26 janvier 2008 et 2 février 2008)